Un livre en préparation

Pendant plus de sept ans, la plaine du Roussillon et les montagnes du Vallespir ont été le théâtre d’un combat acharné contre l’installation d’une ligne Très Haute Tension reliant la France à l’Espagne. Pourtant, avant d’arriver chez nous, cette ligne avait déjà connu de multiples détours. RTE avait d’abord envisagé un passage par le Pays basque, mais dut battre en retraite face aux risques liés à l’ETA. Le gestionnaire tenta ensuite de franchir la chaîne centrale des Pyrénées, mais l’Espagne s’y opposa catégoriquement : le tracé projeté traversait une station de ski très prisée… jusque par la famille royale. Écarté partout ailleurs, le projet fut alors dévié vers le Roussillon, où l’on imaginait, à Paris comme à Madrid, que les Catalans seraient davantage “souples”. Grave erreur.

D’abord prévue au cœur de la plaine du Roussillon, la THT fut immédiatement rejetée par les habitants, les associations et les élus. RTE tenta alors une alternative par les crêtes du Vallespir, espérant contourner la résistance : ce fut un second échec, retentissant. Chaque nouvelle proposition rallumait la colère et chaque réunion confirmant le projet ne faisait qu’accroître la détermination des opposants.

Face à cette menace jugée démesurée et injustifiée, un vaste collectif, réunissant plusieurs associations, vit le jour. Très vite, il devint une force incontournable, capable d’agréger l’ensemble des responsables politiques du département : maires, conseillers généraux, députés, sénateurs. Tous, au-delà des divisions partisanes, se levèrent d’une seule voix pour défendre leur territoire.

Pendant des années, ce collectif sillonna le Roussillon et la Catalogne du Sud, tenant des dizaines de réunions publiques, informant, convainquant, rassemblant. Et surtout, il porta la contestation dans la rue : des manifestations impressionnantes réunirent à plusieurs reprises plus de 10 000 personnes à Perpignan, Barcelone, Gérone, Valence, Céret, La Jonquera… Une marée humaine, pacifique mais inflexible, l’une des plus fortes mobilisations citoyennes de l’époque.

Sous cette pression constante, soutenue et parfaitement organisée, RTE dut capituler. Le projet fut entièrement repensé : adieu les pylônes géants, adieu la cicatrice aérienne à travers le paysage. Une solution technique nouvelle fut imposée : la création d’une station de conversion en courant continu à l’entrée du département, permettant l’enfouissement complet de la ligne. Peut on parler de victoire ? Nous ne voulions pas de ligne, tout simplement.

Jusqu’à la fin, le collectif suivit de près la réalisation du projet, participant aux réunions techniques avec les ingénieurs de RTE pour garantir le respect des engagements. Ainsi s’acheva l’une des plus grandes luttes citoyennes du territoire, preuve éclatante qu’un peuple uni peut tenir tête à une décision imposée… et l’emporter.